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CureVac: comment le lièvre allemand de l'ARN messager est devenu une tortue

Ingmar Hoerr, le fondateur de la première start-up à jamais avoir exploité l'ARN messager pour des vaccins, vient de voir sortir un livre cette semaine sur son parcours. Manière de dire "on avait tout pour être les premiers mais nous n'avons toujours pas de résultats convaincants à montrer?" Dommage, parce que la biotech allemande pionnière de l'ARN avait tout pour gagner la course aux vaccins. Avec un étonnant accord avec Tesla, elle peut cependant encore rebondir et surprendre. La révolution médicale de l'ARN ne fait que commencer.

Qui aurait pu imaginer que l’élimination surprise de l’équipe d’Allemagne par la Croatie lors de la Coupe du monde de football de 1998 soit à l’origine d’une rencontre qui va permettre la création de la première entreprise de vaccins à ARN, CureVac? Cet été-là, une fois la Mannschaft éliminée, le biologiste allemand Ingmar Hoerr (lire son interview en bonus) reporte sa passion sur l’équipe de France, les Bleus. Et comme dans son groupe de recherche à l’Université de Tubingue il y a un jeune chercheur français, ils sympathisent avant de collaborer.

Après ses études à l’Ecole Normale Supérieure à Paris, Steve Pascolo est venu dans la petite ville universitaire du Bade-Wurtemberg pour effectuer son post doc dans le groupe de l’immunologiste Hans-Georg Rammensee. Le professeur allemand est une sommité de la recherche sur les lymphocytes T, les globules blancs qui attaquent les cellules contaminées ou cancéreuses.

Du foot aux lymphocytes

Chercheur ouvert à une multitude d’approches, Hans-Georg Rammensee développe des vaccins capables d’activer ces lymphocytes T pour qu’ils détruisent des cancers. L’idée est de relancer les mécanismes de défense naturelle qui nous protègent du développement de tumeurs toute notre vie. Sauf quand les cancers sont capables en quelque sorte d’endormir ou de contourner ces défenses immunitaires.

Steve Pascolo veut, lui, tester les multiples candidats vaccins développés par Hans-Georg Rammensee sur les souris transgéniques qu’il a créées lors de sa thèse à l’Institut Pasteur. Sous la direction de François Lemmonier, il a inventé de nouveaux modèles animaux. Ses souris incluent des gènes d’origine humaine qui génèrent des lymphocytes T en quelque sorte humanisés. Forcément, ce que lui raconte Ingmar Hoerr entre deux matchs de foot le passionne.

Une technologie naturelle

Lors d’une conférence en Israël en février 1996, Hans-Georg Rammensee a découvert des travaux pionniers sur l’ARN messager qui ont ouvert une voie nouvelle pour ses projets de vaccins. Eli Gilboa, un professeur de l’Université de Duke, a extrait des cellules dendritiques, c’est-à-dire des cellules qui jouent un rôle précurseur dans la réponse immunitaire, pour y transférer in vitro des ARN messagers.

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